CALCUTTA


CALCUTTA
CALCUTTA

Avec une population estimée à 11,5 millions d’habitants en 1995, l’agglomération de Calcutta est la deuxième de l’Inde. Comptoir colonial type, qui a ajouté à ses activités portuaires une fonction industrielle et un rôle de direction économique, elle connaît des difficultés graves, dont certaines sont le reflet des problèmes d’ensemble de l’Inde, mais dont beaucoup d’autres lui sont spécifiques. À bien des égards, elle offre le tableau d’un pôle de la misère.

Le triomphe de la situation sur le site

Calcutta est située sur l’un des nombreux effluents qui forment le delta du Gange, la Hooghly, à 150 km de la mer. Elle se trouve ainsi au débouché de l’une des régions les plus peuplées et les plus anciennement actives du monde indien. Pour établir des relations avec les parties les plus actives de l’empire moghol, toutes les puissances européennes durent installer des comptoirs le long de laHooghly, à commencer par les Portugais dès le début du XVIe siècle, bientôt suivis par les Hollandais, les Français (à Chandernagor, qu’ils ne quittèrent qu’en 1949) et, bien sûr, les Britanniques. Ceux-ci ayant éliminé peu à peu tous leurs concurrents, c’est leur comptoir, situé près du petit village de Kalikata, qui fixa l’embryon de ce qui allait devenir l’énorme agglomération contemporaine. La première factorerie anglaise fut fondée par Job Charnock en 1690, pour le compte de la Compagnie des Indes orientales, et très vite dotée d’un fort, nommé Fort William en l’honneur de Guillaume III. L’essor véritable de Calcutta date cependant de la bataille de Plassey (1757) qui assura la domination anglaise sur le Bengale et ouvrit la plaine du Gange aux entreprises britanniques.

À partir de cette date, un jeu d’interactions réciproques entre le comptoir et son arrière-pays assura la croissance de la ville et de son agglomération. La recherche de nouvelles sources de trafic pour le port conduisit au développement de la culture de l’indigo, puis du jute, dans les campagnes bengalies (d’abord exporté brut, celui-ci fut ensuite en partie traité à Calcutta); la présence de mines de fer et de charbon dans le nord-est de la péninsule indienne permit à des entrepreneurs britanniques, puis indiens, de développer des industries métallurgiques, qui entraînèrent ensuite la création d’autres branches industrielles, comme la chimie lourde. À ces activités s’ajouta un rôle de direction économique. La ville fut en particulier le lieu privilégié d’implantation des managing agencies , sociétés de gérance ayant de surcroît des activités bancaires qui furent un des agents les plus actifs de l’investissement colonial. Enfin, de 1843 à 1912, Calcutta fut la capitale politique de l’Inde anglaise; le vice-roi des Indes y séjourna de 1857 à 1912.

Ce rôle éminent, dû à une croissance cumulative à partir d’une première installation dans une situation exceptionnelle, fut acquis malgré un site médiocre. La Hooghly n’est bordée que de levées alluviales modestes, qui cèdent rapidement la place aux marécages du delta; il fallut bien s’en accommoder, malgré le lourd tribut payé à la malaria et aux «fièvres». Port éloigné de la mer, sur un effluent qui s’envase, Calcutta est mal adapté aux conditions de la navigation moderne. Ce site médiocre, où la construction même d’un métro souterrain dans les formations alluviales a posé de graves problèmes techniques, est un des éléments des difficultés actuelles de la ville.

Une métropole en crise

Parmi les grandes agglomérations de l’Inde, Calcutta est celle qui croît le plus lentement – à peine plus de 2 p. 100 de croissance démographique annuelle moyenne dans les décennies 1960 et 1970, ce qui est peu par rapport à Bombay ou à Delhi. Il est d’autre part probable que Calcutta offre l’image d’un sous-équipement urbain et d’une accumulation de misère qui n’ont pas leur pareil ailleurs en Inde. Ces difficultés ont des causes multiples.

La perte de son rôle politique et la croissance économique rapide de la région de Delhi lui portent ombrage. L’établissement d’une frontière, très peu perméable au temps où une grande partie du Bengale faisait partie d’un Pakistan hostile à l’Inde (de 1947 à 1970) – la fondation d’un Bangladesh plus amical n’ayant pas totalement rétabli la situation –, a privé Calcutta d’une fraction importante de son arrière-pays et de ses sources de matières premières. L’envasement du port, son inadaptation à la circulation des grands bateaux actuels ont conduit à une stagnation relative de l’activité portuaire. On a bien essayé de redonner davantage d’eau à la Hooghly en détournant vers elle une partie des eaux du Gange par la construction du barrage de Farakka à la tête du delta; mais il ne peut être utilisé à plein en raison des protestations du Bangladesh. Une partie des activités portuaires a été déplacée vers Haldia, à l’embouchure de la Hooghly. Des considérations politiques ont aussi beaucoup nui à Calcutta. Le Bengale est une ancienne citadelle du communisme indien: l’État indien du Bengale occidental avait en 1990 un gouvernement où les partis communistes étaient majoritaires. Mais la région a aussi connu une forte implantation d’un mouvement révolutionnaire d’inspiration «maoïste», celui des Naxalites. L’insécurité politique, la combativité ouvrière ont peu à peu détourné de la région de Calcutta les investissements de capitalistes indiens qui trouvent ailleurs – à Bombay et dans les villes de l’intérieur – des conditions plus favorables et des climats sociaux plus rassurants.

La cité des marais

L’agglomération s’étire sur plus de 50 km le long de la Hooghly, sur les levées alluviales qui la bordent; elle ne s’élargit un peu qu’au sud, là où le fleuve fait un coude, près du port et du site primitif de la ville.

Juste en arrière du port, situé en aval, le quartier du Fort William a gardé les activités de direction économique et politique. C’est autour de lui que se trouvent les grands hôtels, ainsi que les résidences aisées, qui s’étendent vers le sud-est. Les anciennes servitudes militaires du fort ont permis la création d’un vaste espace vert, le Maidan, lieu de promenade et aire de jeu. Au nord de ce quartier d’affaires se trouve la vieille ville indienne, énorme entassement d’immeubles de trois ou quatre étages, où habite près du tiers de la population de l’agglomération. Une très grande activité artisanale et commerciale se traduit par une circulation qui encombre irrémédiablement les rues étroites. Sur l’autre rive du fleuve, autour de Howrah, s’entassent les quartiers industriels les plus anciens. Le fameux pont d’Howrah, ouvrage métallique qui n’a remplacé qu’en 1941 un pont de bateaux, est le lieu d’un embouteillage permanent, et offre un spectacle des plus significatifs de l’accumulation des «foules d’Asie». Un pont routier moderne a été construit plus en aval.

L’agglomération se prolonge par un alignement d’une cinquantaine de villes, en majorité industrielles, vers le nord. Ici et là, le calme d’un quartier résidentiel riche, où les villas s’égayent dans une végétation abondante, vient interrompre l’accumulation des espaces à fortes densités.

Privée des moyens financiers que demanderait un équipement à la mesure de cette énorme population, la ville est désordonnée, mal ravitaillée en eau courante et en électricité; les problèmes de circulation y sont très difficiles. La construction d’un métro souterrain a débuté en 1973, mais un tronçon dans la zone centrale ne fut ouvert qu’en 1986. L’insuffisance des moyens financiers se traduit surtout, cependant, par l’extension des bustees , ces quartiers de maisons précaires, mal drainés, sans égouts, où l’eau potable est rare, où s’entassent, entre autres, les réfugiés du Bangladesh, arrivés en deux vagues, lors du partage de l’Inde en 1947, puis lors de la guerre de 1970. Ils sont particulièrement nombreux sur les périphéries orientales, mais ils sont présents partout, jusque dans le centre de l’agglomération.

Calcutta
v. et port de l'Inde, cap. du Bengale-Occidental, dans le delta du Gange; 3 305 000 hab. (aggl. urb. 10 916 000 hab.). Import. centre comm., bancaire et textile.
Université.
Cap. de l'Inde brit. de 1772 à 1912.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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